AU FIL DES MOTS à Chavagnes-en-Paillers

AU FIL DES MOTS à Chavagnes-en-Paillers

Septembre 2018

Mardi 18 septembre 2018

Texte n.1

Le pic et la fourmi, sa voisine... et son goûter

La fourmi ayant trimé tout l'été se trouva fort bien pourvue quand la bise fut venue. Riche par monceaux de mouches et de vermisseaux, elle alla crier mesquine après la cigale, sa voisine en quête de quelque grain pour subsister. Survint un pic-vert (pivert) bien décidé à trancher l'affaire.

« Fourmi, tu n'es pas miséricordieuse, c'est là ton moindre défaut. »

« Bon sang c'est chaud » se dit aussitôt la fielleuse.

« Nuit et jour, aux temps chauds, vous vous empiffriez », reprit en effet le pic-vert, ouvrant un pot de mayonnaise... « Vous voilà bien dodue, j'en suis fort aise ! Eh bien ! Je vais dîner maintenant . »

Là-dessus le pic l'emporte et puis la mange. Moralité : il faut toujours avoir un pot de mayonnaise sur soi...

Oups ! Désolé ! La mayo, c'est pas le sujet. Et le pic-vert, à la vue d'une fourmi cynique, n'est pas du tout vengeur : il est ripailleur. L'hyménoptère laborieux, c'est sa grosse faiblesse. Cet oiseau est un pur myrmécologue (spécialiste des fourmis, bon sang, il faut tout vous dire!). Pour faire simple, disons qu'il graille de l'insecte social en apéritif, entrée, plat, dessert. Et qu'il sucre son café avec. Le gars se fournit à 90% en fourmis, pas moins. D 'ailleurs, il est dûment outillé pour s’approvisionner : il fourbit la langue la plus longue des oiseaux d'Europe : 10 cm hors bec ! Et bien gluante avec ça.

Une belle fourmilière ? Pour le pic-vert, c'est comme une glace au chocolat pour un loupiot.

Thierry Creux (Ouest-France été 2018)

 

Texte n.2

Les trois cent cinquante et un Haut-Pyrénéens et les deux cent cinquante Auscitains qui s'étaient pressés pour assister à cette représentation théâtrale exécrable se sont ruinés pour rien. Ils s'en sont repentis, s'en sont voulu de s'être ainsi fait gruger, se sont sentis trahis mais ne se sont pas laissé flouer . Après s'être exprimés crûment, ils se sont fait rembourser les billets d'entrée.

Parmi eux, un petit groupe de noctambules, décida de se retrouver dans une gargote pour clore cette soirée par des agapes raffinées. Délaissant les spécialités locales tels la ventrèche et le salmis de palombes, ils se laissèrent tenter par un potjevleesch et un waterzoï (waterzooi) servis dans un estaminet tenu par un Audomarois devenu Pyrénéen. Il y fut question de gypaètes barbus nécrophages, de circaètes jean-le-blanc ophiophages et de chouettes hulottes nyctalopes.

Après avoir dégusté quelques gaufres arrosées de liqueur de genièvre et de Zizi Coin Coin, chacun regagna ses chers pénates et se réfugia dans les bras de Morphée.

 

 

 

 

Potjevleesch (ou potjevlees, pot'je vleesch, potjevleisch) : plat flamand. Ce nom signifie « petit pot de viandes » (pot signifie « pot », -je est un suffixe diminutif et vlees, ou anciennement vleesch, signifie « viande » en néerlandais)

waterzoï : plat de poulet ou de poisson, accompagné de légumes, dont le bouillon (avec un jaune d’œuf), ou le fumet, est lié à la crème ou au beurre

nécrophage : qui mange de la matière putréfiée

ophiophage : qui se nourrit de serpents

 

Jeudi 20 septembre

Chacun son métier et les vaches seront bien gardées

 

  Colin s'ennuyait à garder les vaches de son père. Un garde-chasse escorté de son chien Sultan, vint le voir. Depuis le matin, il s'essoufflait à courir après un brocard qu'il avait déjà manqué deux fois. Colin lui proposa alors d'échanger leurs tâches : tandis que le garde se reposerait tranquillement auprès de son troupeau, lui se dégourdirait les jambes en allant chasser. Pacte conclu.

Ravi, le jeune homme s'en alla, le fusil en bandoulière et le chien sur les talons. Quelque temps plus tard, Colin revint tout penaud : au lieu de tuer le gibier, il avait blessé Sultan. Il s'apprêtait à annoncer la mauvaise nouvelle au maître lorsqu'il retrouva ce dernier endormi et ses vaches disparues. Tout le troupeau avait été volé.

« Chacun son métier et les vaches seront bien gardées », voici la leçon que le père donna le soir même à son fils en lui adjoignant une volée de coups de bâton.

Avec la fable « Le vacher et le garde-chasse », Florian, poète du XVIIe siècle, illustre un dicton qui existait bien avant lui. Il recommande de ne pas s'immiscer dans le travail d'autrui.

« Qui se mêle du métier d'autrui trait sa vache dans un panier », disait-on également au XVIe siècle.

 

Catherine Mory

( Au bonheur des expressions françaises )

 

Texte n.2  : voit texte n. ci-dessus

 



23/09/2018
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