AU FIL DES MOTS à Chavagnes-en-Paillers

AU FIL DES MOTS à Chavagnes-en-Paillers

Octobre 2017

 Mardi 24 octobre 2017

 

Morale et spiritualité

 Tâchons de dire les choses simplement : la morale, dans tous les sens du terme, c’est le respect de l’autre, c’est-à-dire les droits de l’homme avec, en plus, la bienveillance, la générosité, le dévouement. Se conduire moralement, c’est respecter son prochain et lui vouloir activement du bien. Si nous nous employions à appliquer d’une manière parfaite les valeurs morales, il n’y aurait plus sur cette planète d’infamies telles que massacres, attentats, vols, meurtres, iniquités. Ce serait là une vraie révolution. (Fin pour les

cadets.)

Cela ne nous empêcherait nonobstant ni de vieillir, ni de mourir, ni de perdre un être cher, ni d’être atteints par la maladie, ni même d’être, le cas échéant, malheureux en amour ni, tout simplement, de nous ennuyer au fil d’une vie que nous aurons regardée passer banalement. Car ces questions – celles des âges de la vie, du deuil, de l’amour ou de l’ennui – ne sont pas essentiellement morales. Vous pouvez vivre dans une sainteté tout éminente, respecter et aider autrui à merveille, appliquer les principes de la vertu comme personne… et vieillir, et mourir, et souffrir. Ces réalités relèvent de la « spiritualité », laquelle ne se limite pas au religieux et va bien au-delà de la morale. Les spiritualités avec dieux sont les religions, les spiritualités sans dieux sont les grandes philosophies. (Fin pour

les juniors.)

Nos pays laïques souffrent de différents maux, donc il leur faut une spiritualité laïque. Cet enthymème paraîtra osé, ne fût-ce qu’aux plus pyrrhoniens d’entre nous, mais ce dont nous manquons aujourd’hui, c’est d’une conception de la « vie bonne », une vision du monde commun que nous voulons construire ensemble. Ne faut-il pas, comme Ulysse, préférer une existence de mortel réconcilié avec le monde à l’illusion religieuse de l’immortalité ? Ne faut-il pas nous efforcer de vivre en harmonie avec les autres comme avec l’ordre du monde en ne leur cherchant nulles crosses ? C’est là, après réduction eidétique, la quiddité de toute sagesse laïque et de toute spiritualité philosophique qui ne passent ni par un dieu ni par la foi quels qu’ils soient. Si nous voulons réinventer une « politique de civilisation », remplaçons la morale et la quête du pouvoir, dictant leurs nombreuses lois telle une dyarchie, par la spiritualité

et la philosophie.

 (d'après un texte de Luc Ferry)

 

Mardi 10 octobre

Un métier au poil

 

Mais qu'ont-ils tous à briguer la magistrature suprême ? À vouloir s'impatroniser dans un quartier d'où l'on ne sort généralement ni saint ni honoré ? Pour tenir bon, l'actuel locataire — un don Juan (don juan, donjuan) qui ne s'ignore pas — se sera toujours montré prêt à faire du scoot entre chien et loup. Son prédécesseur, quant à lui, n'aura cessé de jogger hors du palais, au mépris d'occasionnelles et impressionnantes syncopes. Mais, inexplicablement, eux-mêmes semblent enclins à rempiler. Que de camouflets ils ont pourtant essuyés ! Combien d'avanies ils ont eu à subir ! À quel rythme effréné, quasi ininterrompu, se sont abattus sur eux les quolibets des médias (media) ! À croire que ces bonnes gens sont caparaçonnés de pied en cap...

On en viendrait à se demander s'il ne sied pas plutôt de viser l'entrée de service : n'a-t-on pas appris — l'info a même été diffusée... en boucle — que le capilliculteur attitré des lieux gagnait quelque dix mille (dix-mille) euros par mois, pile-poil neuf mille huit cent quatre-vingt-quinze (neuf-mille -huit-cent-quatre-vingt-quinze)  ? Un rapport qualité-prix qui inciterait à prendre racine, vu la poignée de cheveux qu'il reste à désépaissir sur le sinciput du maître (maitre) de céans ! Mais il fallait évidemment compter avec le risque qu'il s'en fît de nouveaux (de nouveau) durant son mandat, entre chômage endémique, paparazzis insatiables et attentats à répétition. Avec, aussi, les caprices d'une météo qui lui aura arrosé le cuir aussi consciencieusement que l'opposition le lui aura tanné.

Il n'empêche : alopécie, calvitie, voire trichotillomanie tranquilliseraient presque les assujettis à l'impôt que nous sommes. À tant faire que d'être un chef, choisissons-en un qui n'abonde pas dans notre cens ! À l'heure du vote, pensons plus volontiers au figaro qu'au Figaro ! Fi des sourcils broussailleux et des ébouriffantes rouflaquettes ! Au diable vauvert les infinis tifs ! Par-dessus bord les tignasses crollées qui, par ces temps de vaches maigres, frisent surtout l'indécence ! Et tant pis si, par voie de conséquence, la parité doit en pâtir davantage et la gent féminine se faire coiffer derechef au poteau : moins il y aura de chignons à crêper, moins le contribuable sera censé pédaler dans la choucroute...

Bruno Dewaele (Pont-à-Marcq, 2016)

 

 

 

s'impatroniser : s'établir comme chez soi

trichotillomanie: (du grec thrix, trikhos : poils, cheveux) besoin compulsif d'arracher ses cheveux

qui n'abonde pas dans notre cens : qui ne pèse pas sur nos impôts (abonder est pris dans le sens de « présenter un grand volume », « tenir de la place »)

figaro : coiffeur

Figaro : journal quotidien

 

  

Jeudi 12 octobre 2017

 

Texte n°1

Le gratte-cul ou cynor(r)hodon

  

Le cynorrhodon (cynorhodon), fruit du rosier et de l'églantier, est appelé familièrement « gratte-cul » car il fournit le poil à gratter. Son nom a une étymologie grecque et signifie la « rose du chien ». Cette appellation vient des propriétés attribuées à la racine de cette plante pour lutter contre la rage.

C'est un fruit charnu, ovoïde, allongé, plus ou moins globuleux selon les espèces, de couleur rouge orangé à maturité. Il renferme à l'intérieur les vrais fruits qui sont les akènes, nombreux, contenant chacun une graine. Ces akènes sont munis de nombreux poils très irritants pour la peau et les muqueuses. Bien mûrs, les fruits sont comestibles, assez astringents et acides et surtout la présence de poils irritants peut provoquer des démangeaisons au niveau de l'anus.

En médecine populaire, ils sont employés notamment contre les diarrhées, l'avitaminose et l'asthénie. On les utilise soit en décoction, soit sous forme de vin ou d'élixir.

  

Texte n°2

Vive (vivent) les fruits !

 

 Ne nous offusquons pas si, un jour, un quidam nous traite de « carpophage ». Non, cela n'est pas une insulte et n'a rien à voir avec les épithètes obscènes vomies par le capitaine Haddock quand il est imbibé de whisky.

Même si cet adjectif nous assimile aux orangs outangs ( orangs-outans ), gibbons, ouistitis ou autres primates, ce n'est nullement un outrage à notre égard. C'est tout simplement que, comme eux, nous sommes frugivores.

Nous, sous nos latitudes tempérées, nous consommons entre autres : bigarreaux, azeroles, cœurs- de-pigeons, reines-claudes, quetsches, passe-crassanes, reinettes, granny-smith, pavies, nectarines...

Eux, en tant qu' hôtes des régions tropicales ou équatoriales, se nourrissent plutôt de litchis ( letchis ), ramboutans, caramboles, chéri moles, kakis, bananes …

À la différence de nos congénères simiens, nous, hominidés évolués, au palais raffiné, nous ne les consommons pas uniquement nature. Avec un savoir-faire tout « coffien », nous les accommodons pour les transformer en sorbets, cocktails, robs, chutneys, confitures et même en délicieuses gnôles (gnaules, gniôles, nioles ) parfumées : kirsch, curaçao, brandy qui agrémentent nos entremets et pâtisseries.

 



10/10/2017
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