AU FIL DES MOTS à Chavagnes-en-Paillers

AU FIL DES MOTS à Chavagnes-en-Paillers

octobre 2016

AU FIL DES MOTS                                                                                         Mardi 11 octobre 2016

 

 

 Des allogènes en surchauffe

 

En cette saison des glaces, c’est-à-dire en cette période estivale, les juillettistes partageaient leur temps entre la dégustation des sorbets, entre autres desserts glacés, et la pratique des sports nautiques. Enfin, pas tous : d’aucuns, des marins d’eau douce, préféraient siroter tranquillement un petit corbières bien frais plutôt que d’aller boire la tasse en tombant de leur ketch à quelques encablures des quais. Il est vrai que par grand vent on a vu beaucoup de mâts choir certaines années…

 

Le front halitueux, des natifs des îles Britanniques, des allogènes censés pourtant être éclairés, s’étonnaient de voir en ce département, et notamment dans les marinas, tant de bâtiments ocre alors qu’ils avaient cru l’Aude lavande… Redoutant l’insolation, et peu désireux de voir leur épiderme se couvrir de phlyctènes bossues sous l’action du plus grand des astres, ils se réfugiaient tous les après-midi dans les magasins renommés pour la qualité des produits et objets présentés.

 

On ne comptait d’ailleurs pas, en ces lieux, les incessants va-et-vient des touristes, quelque bruyants que fussent parfois les fonds musicaux, plus proches du vrombissement des voitures de formule 1 que des beaux lieds de Schubert… Les vendeuses, fût-ce même la moins observatrice, avaient repéré en particulier une jeune adepte de la mode gothique, et s’étonnaient de la voir, quels que soient l’heure et le jour, avec ses bas si noirs. Elles s’étaient aussi pliées en deux, voire en quatre, et tenu les côtes à la vision récurrente d’un couple bizarre constitué d’un drôle de zèbre, un zigoto zinzin à la démarche zigzagante, et d’une péronnelle affublée d’un ensemble en zénana zinzolin.

 

Plus d’un de ces vacanciers se précipitait sur les oriflammes colorées aux couleurs du Languedoc-Roussillon. Les assiettes en glaise locales proposées par le quincaillier (quincailler) connaissaient elles aussi un succès qui ne se démentait pas, même à la Saint-Sylvestre.

 

Supportant mieux la canicule, et pouvant donc se permettre de se laisser hâler par un soleil en plein zénith qui en mettait un rayon, certains jours, les passionnés de pétanque disputaient à l’envi, des heures durant, des parties acharnées, interrompues seulement par d’exubérantes discussions passant du coq à l’âne, par exemple du cirripède à l’hémione, soit de l’anatife à l’âne sauvage, ou d’Henry de Monfreid à un peintre asiatique halluciné, mais plus personne ne sait où, à Leucate, dans les années quatre-vingt, ce fou gîta…

                                                                                            Jean-Pierre COLIGNON 

                                                                                            Dictée de Port-Leucate 2015

 

halitueux : chaud et moite de sueur

censé : supposé, présumé / sensé : raisonnable, sage

phlyctène : ampoule, cloque

allogène : d'une origine différente de celle de la population autochtone et installé tardivement dans le pays

(halogène : élément chimique permettant un éclairage progressif utilisé dans les lampes du même nom)

quelque... que : adverbe (invariable) qualifiant un adjectif ; on peu remplacer par « si … que»

zénana : étoffe cloquée employée pour les vêtements d'intérieur

zinzolin : couleur d'un violet rougeâtre que l'on obtient du sésame

cirripède : crustacé inférieur marin fixé, comme l'anatife et la balane, ou parasite, comme la sacculine.

hémione: âne sauvage d'Asie centrale

Henry de Monfreid : écrivain français né à Leucate dont les romans et récits de voyages sont nourris de sa vie aventueuse en Éthiopie et dans le golfe Persique.

 

 

AU FIL DES MOTS                                                                                          Jeudi 13 octobre 2016

 

Texte n°1 ( texte facile : niveau CEP)

 

La forêt en automne

 

Cette année-là, les saisons avaient été désastreuses, les couvées n'avaient point réussi, les nichées avaient péri, et, dans les portées décimées, les quelques sujets plus vigoureux qui avaient résisté restaient malgré tout malingres et chétifs.

 

La forêt était en deuil et se dénudait. Les vents qui passaient en rafales, telles des hordes dévastatrices, harcelant durement les ramures, déchiquetant avant l'heure les frondaisons, ne parvenaient point à sécher le terreau noirâtre des sous-bois refroidis.

 

Une odeur de décomposition végétale, subtile et forte comme une immense vague de fond, se dégageait lentement de la glèbe, se répandait par degrés, montait, envahissait, submergeait peu à peu tout le grand continent forestier.

 

La forêt, en proie aux pluies d'automne, était sombre et triste.

 

                                                                                                             Louis Pergaud

 

Texte n°2

 

 Les champignons bleus

 

La nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre : le père Jean est malade. Il a s'empoisonner avec une amanite. Dans son délire, il décrit une clairière parsemée de gros champignons bleus. Pourtant, nul ne connaît mieux que lui les champignons, et sa femme surclasse haut la main les meilleurs cordons-bleus quand elle accommode les cueillettes du bonhomme.

 

Au fond des taillis de châtaigniers, il déniche les coprins aux spores noires, les chapeaux orange des girolles et ceux mamelonnés des coulemelles. Son panier déborde de couleurs automnales : le bolet bai et le cèpe roux y côtoient les chapeaux incarnats, brun-jaune, ou purpurins, les langues-de-bœuf rouge foncé et les russules vert-de-gris.

 

On n'a d'abord rien compris à ce qui lui arrivait. Les vertiges invalidants et le larmoiement intense se sont vite accompagnés de troubles gastro-intestinaux et d'hallucinations. Les symptômes de l'empoisonnement alternent avec des accalmies au cours desquelles reviennent continûment les mystérieux champignons bleus.

 

Sa femme, quant à elle, n'est pas inquiète outre mesure. Elle sait que son mycologue de mari ne confondrait pas une amanite phalloïde avec une lépiote. Il se sera tout simplement attardé dans un chai, aura forcé sur le gros rouge, et il se peut que, dans son coma éthylique, il voie le village des Schtroumpfs ! Dame, il y en a bien qui voient des éléphants roses !

 

 

                                                              Dictée donnée au Téléthon des Herbiers en 2008

 

 

 

AU FIL DES MOTS                                                                                         Mardi 25 octobre 2016 (Dictée donnée en Mars 2008)

 

Une revanche qu’on n’attendait plus

 

Le bon pape Boniface, qui vivait il y a belle lurette en Avignon, affichait deux passions, au reste fort licites : sa vigne et sa mule béguë. Ladite vigne, qu’il avait plantée dans le Comtat venaissin, restait très productive bien que souvent empêtrée dans les cépées de myrtes touffus et les cymes vert pâle des euphorbes. Tous les dimanches, dès vêpres dites, le pape s’y rendait en compagnie de sa mule bien-aimée et de quatre clercs point cardinaux. Après avoir dégusté force vins du cru, la troupe égayée s’égaillait, puis descendait en rang d’oignons jusqu’au célèbre pont, où la mule prenait l’amble et où le pontife esquissait un pas de pyrrhique en agitant sa barrette, au grand dam des cagotes aux longues dents.

Mais le pape raffolait encore plus de sa mule noir d’ébène, animal un peu jarreté , sans conteste de très haut parage, puisque issue d’une accorte mère asinienne et, par agnation, d’un ascendant primé d’Epsom. Chaque soir, Boniface lui portait un bol de vin sucré à l’aspartam (aspartame) et dégageant des effluves nonpareils de coriandre parfumée, d’aneth chevelu, de rhizomes de curcuma et de zérumbet et d’autres aromates bien choisis. Hélas, en ce temps béni, un fieffé galapiat nommé Tistet fayotait sans vergogne, avec dessein pervers, auprès du pape trop naïf, apportant ostensiblement en moult occasions à la mule affriolée des javelles de sainfoin, sa papilionacée de prédilection. Or, ce malfaisant loubar n’inventa-t-il pas un jour de faire escalader en catimini à l’animal l’escalier en colimaçon du clocheton de la maîtrise ? Voilà donc notre périssodactyle, halé par l’odieuse gouape, qui gravit à l’aveuglette une kyrielle de marches épaufrées en trébuchant à chaque pas dans la quasi-obscurité.

 

(fin de la 1ère partie)

                                                                             Élyane Baltus (Championne de Belgique 2001)

 

 Quelques explications sur le vocabulaire et son orthographe (pas de difficultés grammaticales dans ce texte).

 

- bégu, uë (adj.) → situé en avant des incisives inférieures en parlant des incisives supérieures

- le Comtat venaissin → ancien Etat de France, dans le Vaucluse actuel qui appartint aux papes, avec Avignon, de 1274 à 1791

- un myrte → arbrisseau des régions méditerranéennes, à fleurs blanches à feuilles coriaces, persistantes.

- une cyme → une inflorescence, un mode de groupement des fleurs sur la tige.

 

- une euphorbe → plante vivace, renfermant un suc laiteux ; nombreuses espèces existent

- bien-aimé(e) → s’écrit en 2 mots, comme « bien-disant, bien-pensant seul le 2ᵉ mot s’accorde.

- un clerc → désigne, ici, celui qui est entré dans l’état ecclésiastique, par réception de la tonsure.

- une pyrrhique → danse guerrière, simulant un combat en armes.

- un(e) cagot(e) → un bigot, un faux dévot

- un parage → (mot vieilli) : de haut parage = de haute naissance

- accort(e) -adj.- → gracieux, agréable

- asinien(ne) –adj- → qui se rapporte à l’âne

- une agnation → parenté par les mâles

- Epsom → Ville d’Angleterre célèbre pour ses courses de chevaux depuis 1780.

- un aspartam (ou aspartame) → un édulcorant, une sucrette

- le zérumbet → plante voisine du gingembre

- affriolé -adj.- → attiré, alléché

- une javelle → une brassée de plantes ; une gerbe, un fagot

- une papilionacée → famille de plantes

- un périssodactyle → famille de mammifères ongulés reposant sur le sol par un nombre impair de doigts, dont le médian est le plus développé.

- halé (part.pas.) → tiré ; ≠ « hâlé » qui signifie « bronzé ».

- une gouape → un vaurien, un voyou.

- épaufrer → écorner



    12/10/2016
    0 Poster un commentaire
    Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

    Inscrivez-vous au blog

    Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

    Rejoignez les 20 autres membres