AU FIL DES MOTS à Chavagnes-en-Paillers

AU FIL DES MOTS à Chavagnes-en-Paillers

mars 2019

 

Mardi 12 mars  2019

 La tête aux carrés

Au rebut, les rébus de nos arrière-grands-pères ! Au rancart, les labyrinthes tarabiscotés d'antan avec leurs horripilants culs-de-sac ! Au diable vauvert, les mots croisés vieux jeu et la kyrielle de clones qui leur a fait suite ! Depuis que la quasi-totalité de nos canards s'est laissé contaminer par cet autre virus, importé lui aussi d'Extrême-Orient, stylomines, stylos-feutres et stylos plume semblent ne plus vouloir aligner que des nombres. Mais le moyen, pour l'Hexagone, de dédaigner une grille aussi cotée, qu'avant lui l'Europe tout entière a dûment et éperdument plébiscitée ?

Tous, quoi qu'il en soit, se sont engouffrés sans fausse honte dans la brèche : de l'adolescent fagoté à la six-quatre-deux jusqu'au col bleu assujetti aux trois-huit, en passant par la callipyge et accorte sténodactylo, habituée des cinq à sept... Sans omettre — comme le requiert une actualité souvent brûlante — le zonard des faubourgs qui, la boule à zéro, joue les exclus et se plaint de n'entrer dans aucune case. En l'occurrence, on n'en recense pourtant pas moins de quatre-vingt-une, que s'ingénient à remplir toutes ces bonnes gens bien décidés à ne pas s'en laisser conter !

Seule, je renâcle et regimbe. J'ai toujours trouvé infranchissable le mur des chiffres. N'en déplaise à qui grommelle que c'est là l'enfance de l'art, les neuf m'usent ! Et je ne vous parle pas du dixième, ici vain, mais sur lequel s'immobilise mon trouillomètre dès qu'il me faut pénétrer de tels arcanes. Pensez : moi qui de mon numéro de Sécurité sociale n'ai jamais pu mémoriser que le deux liminaire ! Heureusement, il me reste la dictée de Mons. Qui sait ? Quels qu'en soient les subtilités et les méandres, peut-être réussirai-je, pour une fois, à m'inscrire dans le dernier carré...

 Bruno Dewaele  (Mons-en-Barœul, 2006)

 

14 mars 2019

 

 

 

Texte n.1

Le souhait de la violette

Quand Flore, la reine des fleurs

Eut fait naître la violette

Avec de charmantes couleurs

Les plus tendres de sa palette

Avec le corps d'un papillon

Et ce délicieux arôme

Qui la trahit dans le sillon :

« Enfant de mon chaste royaume

Quel don puis-je encore attacher,

Dit Flore, à ta grâce céleste ?

    • Donnez-moi, dit la fleur modeste

Un peu d'herbe pour me cacher

Louis Ratisbonne

 

 

 

Texte n.2

 

 

 

Plaidoyer pour l’hortensia

 

 

 

 

 

 

Dans un hameau quasi introuvable parmi la multitude des coins pittoresques de notre région, à l’ombre d’une vieille grange aux tuiles rouges, prospèrent des hortensias blancs. Leur couleur est pure, pas encore tachée de rouille et les randonneurs s’attardent pour admirer ces grandes fleurs qui illuminent notre Bretagne.

Vous connaissez sûrement l’hortensia : cette fleur étonnante, par sa taille, ses coloris, sa longévité, son agencement harmonieux dans des amphores pansues, des corbeilles rétro(s) ou d’antiques jarres …

Toute la gamme des couleurs de l’arc-en-ciel, hormis le jaune et l’orangé, se décline dans ses multiples variétés. J’ai même vu, tout imbibée de fraîcheur (fraicheur) nocturne, une fleur verte ! Vraiment ? me direz-vous. Sans doute n’avait-elle pas réussi à s’imprégner du bleu lavande instillé par les pigments des morceaux d’ardoises pilées qu’on assure propices au bleuissement de la fleur.

Et la couleur grise ? Incongrue au royaume des fleurs, vous la surprendrez à la fin de l’automne quand pâlissent et flétrissent les pétales diaphanes troués par d’affamé(e)s forficules, ces pince-oreilles qui se logent un peu partout et sortent inopinément d’une tige creuse ou d’un bouton ratatiné.

Depuis quelques années, l’hortensia est omniprésent : sur les places des cités, le long des routes, près d’une aubette pour écoliers. De longues plates-bandes (platebandes)  fleuries, inattendues dans ces paysages austères, soulignent les courbes d’un talus ou colorent les bas-côtés  des chemins. Devenue incontournable et encadrée de massifs  blancs, bleus ou roses, la chaumière aux volets bleu roi, reine des cartes postales bretonnes,  rivalise de poésie avec les rochers chaotiques  du littoral.

Habitués à ces plantes si florifères, nous ne les voyons plus ; seuls des visiteurs étrangers les remarquent, incrédules bien souvent devant leurs imposantes ombelles.

Mais j’entends une objection : l’hortensia n’a pas l’agréable parfum dont s’enorgueillissent la capiteuse giroflée, l’humble violette ou la mielleuse glycine. Certes, mais il pallie cet inconvénient par ses nuances et par la diversité des plants – les cultivars – qu’ont créés de patients et passionnés horticulteurs.

Sublimant les anciens murs, agrémentant une cour de manoir ou un escalier aux pierres parfois descellées, l’hortensia, plutôt fleur d’ombre, mérite vraiment notre sympathie.

 

 

 

Nicole Le Roux / Henri Le Guen

 

 

14 mars 2019

 

 

 

Texte n.1

Le souhait de la violette

Quand Flore, la reine des fleurs

Eut fait naître la violette

Avec de charmantes couleurs

Les plus tendres de sa palette

Avec le corps d'un papillon

Et ce délicieux arôme

Qui la trahit dans le sillon :

« Enfant de mon chaste royaume

Quel don puis-je encore attacher,

Dit Flore, à ta grâce céleste ?

    • Donnez-moi, dit la fleur modeste

Un peu d'herbe pour me cacher

Louis Ratisbonne

 

 

 

Texte n.2

 

 

Plaidoyer pour l’hortensia

  

Dans un hameau quasi introuvable parmi la multitude des coins pittoresques de notre région, à l’ombre d’une vieille grange aux tuiles rouges, prospèrent des hortensias blancs. Leur couleur est pure, pas encore tachée de rouille et les randonneurs s’attardent pour admirer ces grandes fleurs qui illuminent notre Bretagne.

Vous connaissez sûrement l’hortensia : cette fleur étonnante, par sa taille, ses coloris, sa longévité, son agencement harmonieux dans des amphores pansues, des corbeilles rétro(s) ou d’antiques jarres …

Toute la gamme des couleurs de l’arc-en-ciel, hormis le jaune et l’orangé, se décline dans ses multiples variétés. J’ai même vu, tout imbibée de fraîcheur (fraicheur) nocturne, une fleur verte ! Vraiment ? me direz-vous. Sans doute n’avait-elle pas réussi à s’imprégner du bleu lavande instillé par les pigments des morceaux d’ardoises pilées qu’on assure propices au bleuissement de la fleur.

Et la couleur grise ? Incongrue au royaume des fleurs, vous la surprendrez à la fin de l’automne quand pâlissent et flétrissent les pétales diaphanes troués par d’affamé(e)s forficules, ces pince-oreilles qui se logent un peu partout et sortent inopinément d’une tige creuse ou d’un bouton ratatiné.

Depuis quelques années, l’hortensia est omniprésent : sur les places des cités, le long des routes, près d’une aubette pour écoliers. De longues plates-bandes (platebandes)  fleuries, inattendues dans ces paysages austères, soulignent les courbes d’un talus ou colorent les bas-côtés  des chemins. Devenue incontournable et encadrée de massifs  blancs, bleus ou roses, la chaumière aux volets bleu roi, reine des cartes postales bretonnes,  rivalise de poésie avec les rochers chaotiques  du littoral.

Habitués à ces plantes si florifères, nous ne les voyons plus ; seuls des visiteurs étrangers les remarquent, incrédules bien souvent devant leurs imposantes ombelles.

Mais j’entends une objection : l’hortensia n’a pas l’agréable parfum dont s’enorgueillissent la capiteuse giroflée, l’humble violette ou la mielleuse glycine. Certes, mais il pallie cet inconvénient par ses nuances et par la diversité des plants – les cultivars – qu’ont créés de patients et passionnés horticulteurs.

Sublimant les anciens murs, agrémentant une cour de manoir ou un escalier aux pierres parfois descellées, l’hortensia, plutôt fleur d’ombre, mérite vraiment notre sympathie.

  

Nicole Le Roux / Henri Le Guen

 

 

Mardi 26 mars  2019

 Un prof simplet

                Décidément, quelle journée bizarre ! Depuis son réveil aux aurores, tout va de travers pour ce prof de français : une douche écossaise, des tartines cramées, une confiture gelée, et un dentifrice à l’arôme de mayonnaise. Arrivé en avance, malgré ces péripéties-là, à l’école où il enseigne, il relit pour la dixième fois cet article improbable où il est question de la première étape du prochain Tour de France que les cyclistes devront parcourir à pédalo, avec départ de Douvres et arrivée à Calais. Apparemment, il en faut plus pour le mettre sur la voie.

C’est que, la veille encore, la vie semblait suivre docilement son cours : les pies pépiaient, les deux-roues klaxonnaient, les gens râlaient, les arroseurs arrosaient. Un train-train bien rôdé victime d’un dérèglement subit. La tradition pluriséculaire et désormais ancrée dans les mœurs qui veut que l’on se joue plein de tours dans une ambiance bon enfant lui a complètement échappé. Et ce, malgré tous les post-it qu’il s’était accrochés de-ci de-là et autres moyens mnémotechniques sophistiqués.

Poursuivant sa lecture assidue dans la cafèt, le prof tombe de Charybde en Scylla et se courrouce : «  Eh bien, Le Monde ne tourne décidément pas rond aujourd’hui, et on dirait que L’Humanité est de mèche ! Comment de tels quotidiens peuvent-ils publier des unes aussi grand-guignolesques ? »  En effet, ses yeux ont parcouru un article insensé annonçant la mise au ban du tabagisme au profit du vapotage : nos ancêtres les gauloises ne seraient alors plus qu’une vague réminiscence…Il apprend ensuite la commercialisation en grande pompe d’un traducteur animalier : ainsi, les miaous et les cocoricos n’auront bientôt plus aucun secret !

Enfin huit heures sonnent et il se résout à aller inculquer la weltanschauung de Grevisse à son consciencieux  auditoire . Mais dans l’aula l’attend une ola, à laquelle, fort las, il met le holà. Puis le maître décolle, un grossier ichthus au rachis, les chewing-gums bariolés  que les petits filous se sont plu à disposer sur sa chaire. Et, faisant fi des brocards qui s’ensuivent, il s’aventure dans l’abstruse exégèse de la règle d’emploi de l’imparfait du subjonctif. Mais peine perdue puisque à l’aide de ciseaux les élèves font des sciènes dans leurs épais cahiers. À en juger par tous leurs lazzis et ris, la concordance détend !  

« Ah ça ! Ç’a été une journée éreintante » maronne le pédagogue in petto ; en ce premier jour d’avril là, les quatre heures de cours qu’il a passées à servir d’exutoire infortuné lui ont semblé interminables !   

Stéven MORAND    

(10è dictée du club d’orthographe  de Grenoble avril 2015)   

variantes acceptées : Pédalo ; traintrain ; Post-it ; le Monde ; l’Humanité ; maitre ; ç’a .

tomber de Charybde en Scylla : aller de mal en pis . .Charybde : tourbillon du détroit de Messine proche du rocher de Scylla

ban : de la famille de bannir. Ne pas confondre avec banc.

weltanschuung : [                                                         ]  n.f. de l’allemand : façon de voir et de concevoir le monde.

aula : dans les universités de pays francophones, salle d’actes, de fêtes. (du lat. aula, palais, du gr.aulé)

ichthus : du gr. signifiant : poisson. Le poisson est un symbole de reconnaissance utilisé par les premiers chrétiens ; c’est un acronyme de Jésus Christ , en grec.

rachis : colonne vertébrale.

brocards : raillerie mordante.

abstrus(e) : adj. : difficile à comprendre.

exégèse: interprétation, commentaire philosophique, théologique de textes dont le sens porte à discussion.

sciène : poisson de la famille de l’ombre.

lazzi(s) : paroles moqueuses, plaisanterie.

ris: n.m. : rires, plaisirs.  « Cette espèce de joie qui excite le ris. » (Voltaire)

in petto:  de ital. : en son for intérieur. En pensant sans le dire.

 



14/03/2019
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