AU FIL DES MOTS à Chavagnes-en-Paillers

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Fana de dadas (janv 2008)

Fana de dadas

 

Dans ma petite enfance, moi, Philippe Chevalier, j’ai indubitablement plus que d’autres bambins sauté sur les genoux cagneux de mes arrière-grands-pères, en psalmodiant avec eux ce leitmotiv : « À cheval sur mon bidet… ». C’est, dussé-je me faire moquer, la raison sine qua non de ma passion effrénée pour la race équine, passion probablement renforcée par les nombreuses promenades à poney que l’on m’a offertes lors des sorties familiales. Quant à mes patronyme et prénom, allez savoir le rôle qu’ils ont joué dans mon destin de thérapeute hippologique.

Préadolescent (pré-adolescent), je n’avais pas les mêmes hobbys (hobbies) que mes camarades. Eux passaient tout leur temps libre sur les stades, les salles omnisports ou l’asphalte bleuté des pistes, à dribbler, tacler, shooter, courir. Moi, chaque samedi, je fonçais au haras où, devant l’alignement des box des chevaux, je jubilais. Quelle que fût la couleur de leur robe : bai cerise ou aubère pour les pur(s)-sang(s), rouanne ou alezane pour les genets d’Espagne, tous me comblaient.

 

Ma chambre d’ado ? J’aimais me réfugier dans cet antre tapissé de posters géants. En face de mon bureau, de fougueux chevaux camarguais, galopant les crinières isabelle au vent, me fascinaient. On eût dit qu’ils m’insufflaient l’énergie nécessaire pour remplir mon devoir de collégien. Quoique je fusse devenu grand, je n’avais pu me résigner à mettre au rancart les héros de mon enfance ; ainsi, Poly, Crin-Blanc, Jolly Jumper côtoyaient les grands de l’Histoire : Bucéphale, Pégase, Centaure, figures emblématiques de mes récentes humanités gréco-latines. Si vous ajoutez à cela quelques cracks attelés à des sulkys, vous constaterez qu’il ne restait pas un centimètre carré pour scotcher quelque haridelle, rossinante ou haquenée. [ D’ailleurs, l’acné rosacée, j’en souffrais suffisamment, hélas, à cette époque !]

Ai-je, un jour, ambitionné de devenir jockey ? Je le pense ; à douze ans tous les rêves sont permis. J’ai eu aussi la chance, très jeune, d’accompagner à plusieurs reprises un oncle qui participait à différents critériums en vue d’obtenir une sélection nationale. Si risqué fût-il, le steeple-chase était l’épreuve que je préférais. Avec quelle maestria il donnait à son cheval l’impulsion nécessaire pour franchir les oxers et obstacles divers tout au long des trois mille sept cents mètres.

Au cours de quelques stages pendant les vacances scolaires, j’ai acquis moi-même un certain savoir-faire. En excellant dans mes exercices quotidiens, vu mes rapides progrès, tout laissait présager pour moi un avenir prometteur…

Jusqu’au jour où tous mes rêves se sont évanouis… Je me suis mis à allonger, allonger, à prendre de l’embonpoint.

Aujourd’hui, à dix-huit ans et demi [un mètre quatre-vingt-sept et soixante-quinze kilos], la voie qui me semblait toute tracée va devoir bifurquer. Quelque longues que soient les études qui y prépareront, je vais me destiner à l’hippiatrie. Les chevaux que je ne pourrai monter, désormais je les soignerai.

De toute façon quoi que me réserve l’avenir, une chose est sûre : comme mes amis d’outre-Manche, je ne serai jamais hippophage.



31/08/2016
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