AU FIL DES MOTS à Chavagnes-en-Paillers

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Dernière dictée du mardi

 Mardi 12 décembre



Le plus illustre des inconnus

Toi qui, après avoir remonté nonchalamment l’avenue des Champs-Élysées, arrives(1) enfin sous l’Arc de triomphe, arrête tes pas et regarde-moi.(2)
Oui, moi. T’es-tu jamais demandé, quelque glorieuses que soient la flamme et les fleurs qui signalent ma tombe, qui j’étais réellement ?
Un soldat, me diras-tu… Un de ceux qui, vêtus de pantalons garance et de vestes bleu horizon(3) étaient partis, piaffant d’impatience. Cette guerre, nous étions censés(4) la gagner haut la main ! Nous étions à cent lieues(4) d’imaginer la suite…
La peur à l’enthousiasme s’est vite substituée. Nous avons marché, flapis, crottés, courbatus, zigzaguant(5) de fatigue sous le poids d’un barda qui nous sciait les épaules. Terrifiantes, les attaques se sont succédé(9) d’où nous ne revenions que pour nous terrer dans des tranchées exiguës, cloaques gluants où la puanteur des blessures et de la mort nous accompagnait jour et nuit.
Que d’épreuves avons-nous traversées(9) ! Mais qu’on me croie(6) ou non, nous craignions(7) moins la mort que la faim, le froid, la vermine.
Jusqu’au jour où elle nous a pris. Moi et les autres. Et c’est là que ma destinée bifurque. Au lieu d’être inhumé dans une de ces nécropoles où les croix de bois s’alignent jusqu’à l’horizon, j’ai été, en grande pompe, conduit jusqu’à Paris et l’on m’a déposé dans un tombeau sur lequel brûle une flamme éternelle.
Mais je suis, et je resterai toujours « le soldat inconnu ».Savez-vous si j’étais Bisontin, Rennais, Castrais ? Combien d’années ai-je vécu(9) ? Quelles personnes ai-je aimées, haïes, admirées(9) ? Qui m’a regretté, pleuré ?
À ces gerbes somptueuses déposées sur ma tombe par des vieillards décrépits(4), à ces interminables discours prononcés par des voix chevrotantes, comme je préférerais(8) un humble bouquet et quelques phrases sincères !
Mais par-dessus tout ce que je voudrais(8), c’est qu’on m’appelle, ne fût-ce qu’une fois, oui qu’on m’appelle…par mon nom !


Texte de Line Cros

 

 

Quelques commentaires sur la dictée :

1- Le sujet « toi » était éloigné du verbe !
2- Arrête et demande : verbes du 1er groupe à l’impératif, donc terminaison en « e »
3- Toujours les couleurs ! garance et bleu horizon sont en fait des noms : des pantalons couleur (de la)garance et des vestes (du) bleu (de l’) horizon.
4- Ne pas confondre les homophones « censés »=supposés et « sensés »=qui a du bon sens ; les homophones « lieues » : mesure de longueur et « lieux » : endroits, et « décrépits » : affaibli par l’âge avec « décrépi » : qui a perdu son crépi(un mur, par exemple)
5- Zigzaguant est ici une forme verbale du verbe zigzaguer (il a un complément : « de fatigue ») et pas un adjectif. Il garde donc le « u » qui fait partie de son radical.
6- Croie est au subjonctif, donc il se termine par « e ». C’est à l’indicatif qu’il se termine par « s » ou « t » (je crois, il croit).
7- Nous craignions est à l’imparfait. La terminaison est donc –ions, même si cela ne s’entend pas.
8- Je préférerais, je voudrais sont au conditionnel car ces verbes expriment des souhaits.
9- Les participes passés !
- Les attaques se sont succédé= ont succédé à elles, donc pas d’accord.
- Que d’épreuves avons-nous traversées : participe avec « avoir » qui s’accorde avec le complément d’objet direct « que d’épreuves », placé avant. Il en est de même pour « aimées, haïes, admirées »
- Combien d’années ai-je vécu : ici, combien d’années n’est pas un Ct d’objet, il répondrait à la question « combien ? ». Il en serait différemment avec « l’épreuve que j’ai vécue ».




07/09/2016
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