AU FIL DES MOTS à Chavagnes-en-Paillers

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Dernière dictée du jeudi

 7 février 2019

 

Balade aquatique

 

Me voilà redescendue dans cet étang paisible par la dernière giboulée de printemps. J'évite ainsi, cette fois, le long parcours souterrain qui me purifie et m'enrichit de mes sels minéraux. Vous m'avez bien sûr reconnue, je suis la goutte d'eau, celle qui fait germer la graine, pousser la plante et fleurir le jardin.

Mes voyages, cycliques, sont tous différents. Quel bonheur que de s'évaporer dans ces nuages aux contours parfois si étranges où je me sens libre et légère ! Mais il m'arrive aussi d'être entraînée dans les noires profondeurs de la terre. Là, le temps me paraît une éternité et chaque retour à la lumière est un jaillissement inespéré.

J'aime flâner dans les modestes rus et, ayant rejoint la rivière ou le fleuve, il m'arrive même, hélas, de participer à la crue. Mais, qu'y puis-je ? Ce que je redoute par-dessus tout, c'est de me fondre dans l'immensité de l'océan. Perdue dans l'anonymat des houles, je me sens si petite ! Mon rêve ? Me métamorphoser en neige éternelle.

Je suis née pour être limpide et pure. Que feras-tu, toi qui m'écoutes, pour que je sois toujours cristalline ? Que feras-tu pour que mes nappes phréatiques restent vives et qu'elles puissent étancher ta soif sans nuire à ta santé ? Écoute moi ! Protège-moi !

Henri Le Guen



Le pont

C'est moi le pont, je relie la gauche et la droite,
C'est vrai que moi j'adore me mirer dans l'eau
Et, regarder ce qui passe là-bas à vau-l'eau
Comme le font les nuages qui font les beaux ;
La gauche, rive à lise, épie la rive reine, à droite.


Sur le petit ruisseau, je suis une passerelle ;
Pour la jolie rivière, j'ai mes deux pieds dans l'eau,
Mais, avec parfois en plus, un ou deux arceaux
Où vient s'abriter la famille des poules d'eau
Qui se cache pour la nuit avec sa ribambelle.

Au fleuve tumultueux, je suis pont suspendu
Et joue au vent du nord des accords de harpe.
L'ombre de mon tablier camouflera les carpes,
L'hiver j'aurai le pêcheur, son ciré, son écharpe
Et, l'été j'aurai le saut de l'ange défendu.


Je ne suis que le pont, je ne suis pas frontière ;
Je suis la main tendue de la gauche à la droite,
Je ne suis qu'un passage comme une porte étroite,
Je suis l'amour, la vie que l'espoir miroite
Comme les premiers jours des saisons printanières.

Il y a tant de rêves sur la rive de gauche ;
Il y a tant d'espoir sur la rive de droite.
Sache reconnaître que ce que tu convoites
N'est pas tellement une idée maladroite,
Même présentée de manière un peu gauche.

Francis Bury



09/09/2016
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