AU FIL DES MOTS à Chavagnes-en-Paillers

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Dernière dictée du jeudi

 Jeudi 17 mai

Texte N.1

dictée Fernande.jpg

 

Texte N.2

Le texte qui suit est tiré du premier chapitre du roman de Didier Van Cauwelaert : JULES.

(ici, le narrateur est un homme : un marchand de macarons)

 

 

Rencontre

 

Je sais par expérience qu'il faut se méfier des coups de foudre, mais je suis devenu brutalement amnésique en la découvrant au milieu de la foule. Hauts talons canari, minishort rouge et top turquoise, elle ne risquait pas de se faire écraser par temps de brume. N'eût été le labrador qui la guidait au bout d'un harnais, ses grandes lunettes noires seraient passées pour un accessoire de star soucieuse que son incognito se remarque. Les cheveux blond-roux maintenus par un chignon en broussaille, les seins libres sous la soie quasi transparente, un sourire de rendez-vous amoureux allongeant les bavures de son rouge à lèvres, c'était une aveugle particulièrement voyante qui faisait davantage envie que pitié.

Elle s'est arrêtée devant mon stand, les narines en alerte. Aussitôt, son chien s'est figé, tourné dans ma direction, et m'a fixé tandis qu'elle parlait dans le vide.

« Bonjour, je voudrais caramel fleur de sel, réglisse et fraise Tagada. Un de chaque, s'il vous plaît. »

Elle avait une voix de gamine précoce dans un corps de trente ans. Joyeuse, bien élevée, incroyablement sexy et connaissant par cœur mes spécialités. Malgré moi, j'ai béni la dégringolade sociale qui m'avait placé sur sa route. Avec un double diplôme d'ingénieur biochimiste et d'astrophysicien, je suis devenu, à quarante-deux ans, vendeur de macarons à Orly Ouest...

«  C'est fraise tout court, hélas, me suis-je excusé. »

Les lunettes noires se sont tournées dans la direction de ma voix.

« Alors on va dire : un caramel et deux réglisse pour moi sur place, et douze fleur d'oranger dans une boîte pour mon chien, c'est son parfum préféré.

«  Comment s'appelle-t-il ? »

«  Jules, a-t-elle souri en caressant le pelage couleur de sable. »

«  Tu en veux un tout de suite, Jules ? Cadeau de la maison. »

« Il ne vous répondra pas ; il est en service. »

Ma gorge s'est nouée. Ce couple indissociable qui ne ferait que passer dans ma vie m'inspirait un mélange d'exaltation et de tristesse qu'elle a perçu dans ma voix quand je lui ai demandé pardon.

«  Il le vit très bien, m'a-t-elle rassuré. Il ne mange que lorsque je lui enlève son harnais. »

 

 



09/09/2016
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